Ingénierie systèmes

Les besoins en recrutement d'ingénieurs deviennent de plus en plus spécifiques. Trouver la bonne ressource, avec les bonnes compétences est devenu un challenge dans le domaine de l'ingénierie. La France en souffre particulièrement avec un déficit marqué

La France en déficit d'ingénieurs

Ingénierie - La France en déficit structurel alors que nombreuses opportunités sont à saisir

« L’économie française a besoin de 50 000 à 60 000 nouveaux ingénieurs diplômés par an, alors que les écoles françaises n’en forment que 40 000 actuellement », rappelle Dominique Baillargeat, vice-présidente de la conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieur (CDEFI).

Résultat : un déficit chronique qui s’élève à 10 000 ingénieurs par an et qui s’aggrave.

Ce constat est plus qu’un simple chiffre. Il incarne une réalité économique et industrielle à laquelle tous les ingénieurs – en formation comme en poste – doivent aujourd’hui prêter attention. La France n'est pas le seul pays qui a besoin de plus d’ingénieurs. En effet, la transformation de nos industries arrive d'une mutation des besoins qui exige des profils plus qualifiés, plus agiles, plus ouverts aux nouvelles technologies, et capables de gérer le développement de systèmes complexes.

Un paradoxe de pénurie dans un vivier saturé.

Dire qu’il manque des ingénieurs en France ne signifie pas qu’il n’y en a pas assez en absolu. En réalité, il y a une asymétrie entre les compétences disponibles et les besoins de recrutement. Il y a trop d'ingénieurs dans certains secteurs, et pas assez dans d’autres. Les jeunes diplômés s’orientent majoritairement vers les métiers jugés financièrement « attractifs » : les grands groupes de la tech, la finance, les télécoms ou les start-ups du numérique.

Les secteurs industriels de pointe – notamment le nucléaire, l’hydrogène, la défense, les mobilités, l’énergie ou encore les systèmes embarqués – font face à une pénurie inquiétante. Pourquoi ? La forte dynamique d'évolution des technologies fait que les besoins en compétences évoluent plus vite que les formations. A cela s'ajoute le fait que les nouveaux défis technologiques nécessitent une hyper-spécialisation et une culture du système de plus en plus rare sur le marché.

Le double choc : transition énergétique et réindustrialisation

Deux dynamiques majeures bousculent actuellement l’industrie française. D’une part, la transition énergétique, qui touche tous les secteurs : transport, construction, agriculture, production, etc. Elle suppose une transformation en profondeur des systèmes existants et l'orientation vers de nouvelles solutions – bas carbone, circulaires, durables.

D’autre part, France 2030, le grand plan stratégique de l’État français, vise à réindustrialiser le pays en soutenant des secteurs ciblés comme l’électronique, les énergies renouvelables, l’aérospatial, ou encore les biomédicaments. Ces deux chantiers – parfois complémentaires, parfois contradictoires – convergent vers un point : ils réclament davantage d’ingénieurs.

Des ingénieurs OUI, mais pas n’importe lesquels. Il faut des professionnels capables de piloter la complexité, de penser les architectures systèmes, d’intégrer des contraintes multi-physiques, économiques et environnementales. C’est à cela que l’approche ingénierie système occupe une place majeure dans cette évolution de paradigme technologique.

Un risque systémique pour les entreprises

Chaque année, environ 18 000 postes d’ingénieurs restent vacants faute de trouver les candidats avec le bon profil. Ce déséquilibre n’est pas uniquement dû à un problème de recrutement, c’est un risque stratégique : les projets ralentissent, les innovations prennent du retard, et la compétitivité décline.

Les entreprises industrielles – petites ou grandes – ne trouvent plus les bonnes compétences pour passer leurs projets à l'échelle. Cette tendance va empirer avec le départ progressif à la retraite d’une génération entière d’ingénieurs expérimentés. Le renouvellement des savoirs et des savoir-faire devient alors une urgence.

Ingénieur nouvelle génération : entre nécessité et responsabilité

Face à cette situation, les ingénieurs ne sont plus de simples rouages dans les bureaux d'étude, ils deviennent des acteurs clés de la transformation, porteurs de solutions et de responsabilités nouvelles.

Pour les jeunes ingénieurs, cela représente une opportunité unique :

  • Choisir une voie où l’utilité sociale est réelle ;

  • Travailler sur des projets structurants et innovants ;

  • Évoluer rapidement dans des environnements qui valorisent les compétences transversales.

Mais cela implique aussi un effort d’adaptation. Se former en continu. Cultiver une pensée interdisciplinaire. Maîtriser les outils numériques, la modélisation des architectures, les nouvelles technologies de simulation, la sûreté de fonctionnement, les méthodes agiles, etc. Bref, adopter une culture système.

Le rôle clé des écoles et des entreprises

Pour combler le déficit, il ne suffit pas de former plus d’ingénieurs. Il faut mieux les former. Les écoles doivent renforcer leurs liens avec les entreprises pour adapter en permanence leurs programmes aux besoins réels du marché.

Les entreprises, de leur côté, doivent repenser leur stratégie de recrutement. Mieux valoriser leurs projets industriels, mieux communiquer sur leurs enjeux technologiques, proposer des parcours évolutifs et valoriser les collaborateurs pour les fidéliser.

Et surtout, il faut investir dans l’image de la profession. Trop souvent, le métier d’ingénieur reste mal connu du grand public, perçu comme technique, abstrait, voire ennuyeux. C’est tout le contraire! L’ingénieur est aujourd’hui un décideur technique, un chef d’orchestre, un innovateur, un garant de la durabilité des systèmes.

Une attractivité à reconstruire dès le collège

Ce déficit ne se résorbera pas à court terme sans un travail de fond auprès des plus jeunes. Il faut redonner envie aux collégiens et lycéens de s’engager dans des filières scientifiques et techniques

Cela suppose:

  • Un accompagnement pédagogique dès le collège;

  • Des modèles inspirants (des profils femmes et hommes ingénieurs, entrepreneurs avec un impact sur la jeune génération) ;

  • Une meilleure orientation;

  • Un discours cohérent sur l’avenir des métiers techniques.

Notre conviction, chez OPSYDE, c’est de travailler chaque jour à transmettre une vision systémique de l’ingénierie : rigoureuse, adaptée aux contraintes d’aujourd’hui, et tournée vers les défis de demain.

Nous accompagnons les entreprises dans le renforcement de leurs compétences, la structuration de leurs projets techniques et la formation de leurs équipes. Et nous valorisons les jeunes talents et les poussons à croire en leur potentiel latent ou révélé.

La pénurie d’ingénieurs est un défi. Mais pour celles et ceux qui s’y engagent, c’est surtout une opportunité de faire bouger les lignes.

Mots clés : Ingénierie-systèmes - Déficit technique - France Publié le dimanche 27 juillet 2025
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